Sabr et mauvaise humeur : patience lorsque la douleur semble insupportable
On vous a dit d'avoir du sabr et vous essayez. Mais lorsque le chagrin pèse lourdement sur votre poitrine ou que votre mauvaise humeur fait disparaître toutes les couleurs de la journée, la patience peut ressembler à un ordre d'avaler votre douleur et de faire comme si elle n'était pas là.
Qu'est-ce que sabr signifie vraiment quand on est en difficulté
Sabr est souvent traduit par patience, mais le mot a plus de poids que simplement attendre tranquillement. Dans le Coran, le sabr apparaît aux côtés de la prière, du jeûne et de la charité comme quelque chose que vous faites, et non comme quelque chose que vous ressentez simplement. Cela signifie de la retenue dans les épreuves, oui, mais aussi de la fermeté. Le Prophète ﷺ l'a décrit comme la moitié de la foi, et les érudits ont écrit sur le sabr comme une forme d'endurance active.
Lorsque vous êtes de mauvaise humeur, votre énergie pour faire face est faible. Sabr, à ce moment-là, ne consiste pas à sourire malgré la douleur ou à faire comme si tout allait bien. Il s’agit de tenir, même à peine, jusqu’à ce que la vague passe. Il s’agit de rester fidèle à votre prière lorsque votre esprit s’égare, ou de choisir de manger même lorsque la nourriture vous semble inutile. Cela compte.
Le piège du contournement spirituel
Un malentendu courant, tant au sein qu’à l’extérieur des communautés musulmanes, est que sabr signifie que vous ne devriez pas ressentir ce que vous ressentez. Vous avez peut-être entendu quelqu'un dire « juste du sabr » lorsque vous avez essayé de parler de votre tristesse, comme si reconnaître la douleur était un manque de foi.
C’est ce qu’on appelle le contournement spirituel. Il utilise un langage religieux pour éviter de s'asseoir avec des émotions difficiles. Le vrai sabr ne vous demande pas de nier le chagrin, la colère ou le désespoir. Le Prophète ﷺ a pleuré à la mort de son fils Ibrahim. Il n'a pas dit "je vais avoir du sabr" et n'a pas enterré ses sentiments. Il pleurait ouvertement, et ce chagrin faisait partie de son humanité.
Vous pouvez avoir du sabr et continuer à pleurer. Vous pouvez avoir du sabr et quand même dire à quelqu'un "Je ne vais pas bien". Vous pouvez avoir du sabr et quand même demander de l'aide.
Un deuil qui ne suit pas de chronologie
Le chagrin est l'une des épreuves les plus difficiles du sabr car il refuse de coopérer. Vous avez peut-être perdu quelqu'un que vous aimez, une relation, une version de vous-même que vous étiez ou un avenir que vous aviez prévu. Le deuil n’évolue pas par étapes. Cela va et vient, parfois silencieux pendant des mois, puis à nouveau soudainement.
Sabr avec chagrin signifie accepter que vous ne pouvez pas vous précipiter. La douleur est réelle et elle a le droit d’être là. Vous n’êtes pas obligé de trouver un sens à la perte pour le moment. Vous n’êtes pas obligé d’en faire une leçon. Parfois, la chose la plus fidèle que vous puissiez faire est simplement de le porter, un jour à la fois, et d’avoir confiance que le poids finira par changer.
Si votre chagrin semble bloqué ou accablant, il peut être utile de lire Comment soutenir un ami musulman en cas de difficultés de santé mentale, non pas parce que vous avez besoin de soutenir quelqu'un d'autre, mais parce que l'article décrit le type de patience qu'exigent les vrais soins, et que vous méritez les mêmes soins pour vous-même.
Quand la mauvaise humeur devient plus que de la tristesse
Il existe une différence entre la tristesse normale et la dépression, même si la frontière peut être floue. Une mauvaise humeur qui dure des semaines, qui rend difficile la sortie du lit ou qui vous prive de la capacité de prier ou de manger n'est pas un échec du sabr. C’est une condition médicale qui nécessite une attention particulière.
La dépression peut ressembler à un brouillard qui vous sépare de tout. Vous croyez peut-être encore en Allah, mais le lien semble lointain. Vous avez peut-être encore envie de prier, mais vos membres sont lourds. Ce n’est pas un manque de foi. Le Prophète ﷺ a dit que les actes sont jugés par les intentions et que votre intention de prier est déjà un acte d'adoration, même si votre corps ne peut pas le réaliser.
Si cela vous semble familier, la page sur À quoi ressemble la dépression au-delà de la tristesse décrit l'expérience plus en détail. Reconnaître la dépression, ce n'est pas abandonner le sabr. C’est utiliser votre sabr pour faire face à la réalité et rechercher l’aide dont vous avez besoin.
Là où sabr rencontre vos limites
Sabr n'est pas infini. Tout le monde a un point de rupture et atteindre le vôtre n’est pas un péché. Le Coran dit : « Allah ne charge pas une âme plus qu'elle ne peut supporter », mais cela ne signifie pas que vous devez tout supporter seul. La communauté, la famille, le thérapeute, le médecin, tout cela fait partie du soutien qu’Allah a placé sur votre chemin.
Lorsque vous sentez que vous n’en pouvez plus, c’est le moment de tendre la main. Sabr inclut la demande d'aide. Cela implique de dire « Je ne peux pas faire cela tout seul » et de laisser quelqu'un d'autre porter une partie du poids.
Vous pourriez parler à un imam de confiance ou à un ami qui comprend votre foi. Vous pourriez consulter un médecin généraliste et décrire ce que vous ressentez. Vous pourriez rechercher un thérapeute qui comprend le rôle de la foi dans votre vie. Therapy O'Clock dispose d'un annuaire des professionnels où vous pouvez trouver quelqu'un qui respecte vos croyances et vos pratiques. La page Voir un thérapeute qui respecte votre foi explique ce qu'il faut rechercher et comment exprimer vos inquiétudes.
Petites façons de pratiquer le sabr quand la douleur est forte
Vous n’avez pas besoin de repenser votre vie. De petites actions peuvent vous maintenir stable.
- Faites du wudu lorsque vous vous sentez coincé. L'eau et l'acte lui-même peuvent réinitialiser votre corps même si votre esprit est toujours en difficulté.
- Dites un court dua au lieu d'essayer de prier une salah complète. Même « Ya Allah, aide-moi à passer cette heure » compte.
- Gardez vos mains occupées. Certaines personnes trouvent du réconfort dans le tasbih, en comptant sur leurs doigts ou avec des perles, tout en respirant lentement.
- Reposez-vous lorsque votre corps le demande. Sabr ne consiste pas à surmonter l’épuisement. Le sommeil est une forme d’adoration lorsqu’il vous restaure.
- Écrivez une phrase sur ce que vous ressentez. Vous n'êtes pas obligé de le montrer à qui que ce soit. Nommer la douleur peut la rendre un peu moins étouffante.
Trouver du sens sans le forcer
Les gens demandent souvent pourquoi cela leur arrive. La question est naturelle et elle peut faire partie du sabr, mais vous n'avez pas besoin de trouver une réponse tout de suite. Parfois, le sens vient plus tard, parfois il ne vient jamais d’une manière que vous pouvez mettre en mots.
L'histoire du prophète Ayyoub (Job) nous rappelle que le sabr ne nécessite pas de compréhension. Il a perdu sa santé, sa richesse, ses enfants. Il ne savait pas pourquoi. Il a simplement enduré, et finalement les difficultés ont disparu. Vous n’êtes pas obligé d’être reconnaissant pour la douleur. Il vous est simplement demandé de continuer, de toutes les manières possibles.
Si vous êtes également aux prises avec une maladie physique et une mauvaise humeur, la page sur Comment la douleur chronique affecte le bien-être émotionnel peut être pertinente. La douleur dans le corps et la douleur dans le cœur voyagent souvent ensemble, et le sabr s'applique aux deux.
Quand le sabr devient un moyen d'éviter d'avoir de l'aide
Certaines personnes utilisent le sabr comme raison pour ne pas consulter un médecin ou un thérapeute. Ils se disent que prendre des médicaments ou parler à un professionnel signifie qu'ils ne font pas suffisamment confiance à Allah. C'est un malentendu.
Le Prophète ﷺ a dit : "Utilisez le traitement médical, car Allah n'a fait descendre de maladie que lorsqu'Il a aussi fait descendre de remède." Rechercher un traitement est un acte de confiance dans la miséricorde d'Allah. Que ce traitement consiste à parler à un conseiller, à prendre les médicaments prescrits par un médecin ou à rejoindre un groupe de soutien, cela fait partie du sabr qui vous permet de continuer.
Si vous ne savez pas par où commencer, votre médecin généraliste ou votre médecin de famille peut vous proposer différentes options. Ils peuvent également vous orienter vers des services adaptés à votre situation. Vous n’avez pas besoin de tout comprendre seul.
Questions fréquentes
Est-ce qu'être de mauvaise humeur signifie que mon sabr est faible ?
Non. Sabr concerne la façon dont vous réagissez aux difficultés, pas si vous ressentez des difficultés du tout. La mauvaise humeur est une condition qui affecte votre cerveau et votre corps. Avoir le sabr signifie que vous continuez malgré cela, non pas que vous prétendiez que cela n'existe pas.
Puis-je faire dua pour que ma mauvaise humeur disparaisse ?
Oui, et beaucoup de gens le font. Dua est une forme de connexion et d’abandon. Parallèlement, envisagez de prendre des mesures pratiques comme consulter un médecin ou parler à un thérapeute. Les deux sont des formes de tawakkul, faire confiance à Allah tout en utilisant les moyens qu’Il vous a donnés.
Est-il acceptable de prendre des médicaments contre la dépression tout en essayant de prendre du sabr ?
Oui. Les médicaments sont un outil, pas un manque de foi. Le Prophète ﷺ a encouragé la recherche d'un remède à la maladie. Prendre des médicaments sur ordonnance peut faire partie de votre sabr car ils vous aident à rester stable.
Je me sens coupable de ne plus apprécier la prière. Que dois-je faire?
Beaucoup de gens traversent des phases où la prière semble vide. Cela ne veut pas dire que votre foi a disparu. Continuez à prier même si cela semble mécanique. La cohérence elle-même est un acte de sabr. Avec le temps, ce sentiment peut revenir.
Comment expliquer à ma famille que j’ai besoin de l’aide d’un professionnel sans qu’elle pense que mon iman est faible ?
Vous pouvez dire que le Prophète ﷺ a encouragé le recours à un traitement et que consulter un médecin pour votre santé mentale équivaut à en consulter un pour votre santé physique. L'article sur Comment soutenir un ami musulman en cas de difficultés de santé mentale peut vous donner un langage à utiliser avec lui.
Que se passe-t-il si j'ai du sabr mais que rien ne s'améliore ?
Sabr ne garantit pas que les difficultés prendront fin rapidement. Parfois, cela dure plus longtemps que prévu. Le sabr, c'est de continuer à vivre, de chercher de l'aide, de tenir le coup. L’amélioration peut être lente et inégale, mais tenir le coup est en soi une victoire.
Puis-je avoir du sabr et continuer à pleurer tous les jours ?
Oui. Pleurer n'est pas le contraire de sabr. C'est une libération. Le Prophète ﷺ a pleuré à la mort de son fils et sur les tombes de ses proches. Les larmes n'effacent pas votre patience.
Je me sens en colère contre Allah pour ce que je vis. Est-ce un péché ?
La colère est une émotion humaine et non un péché en soi. De nombreux prophètes du Coran ont exprimé leur frustration, voire leur plainte. Ce qui compte, c'est ce que vous faites avec cette colère. Vous pouvez être en colère et avoir toujours du sabr. Vous pouvez être en colère et continuer à prier.
Est-il acceptable de faire une pause dans le jeûne ou dans d'autres ibadah lorsque j'ai des difficultés ?
L'Islam ne vous oblige pas à vous faire du mal lors de l'adoration. Si vous ne vous sentez pas bien, vous êtes autorisé à ajuster vos pratiques. Consultez une personne bien informée en qui vous avez confiance, mais sachez que votre santé est un amanah d'Allah.
En quoi le sabr est-il différent de l'abandon ?
Sabr est actif. Abandonner signifie arrêter d’essayer. Sabr signifie que vous continuez à faire ce que vous pouvez, même si c'est très peu. Même le simple fait de faire du wudu ou de dire un court dua est un sabr.
Que se passe-t-il si je ne me sens pas du tout connecté à Allah en ce moment ?
Ceci est courant en cas de mauvaise humeur profonde et de dépression. La connexion peut sembler bloquée, mais elle est toujours là. Pensez-y comme à un signal radio faible mais qui ne disparaît pas. Vous n’avez pas besoin de vous sentir connecté pour continuer à croire. Continuez simplement à vous présenter.
